Chers bien-aimés dans le Seigneur, depuis l’histoire du jeune homme, notre chère Florence, est à nouveau, revenue de ses émotions. Elle reprend sa permanence en toute quiétude. Cette fois-ci, le curé lui confie une tâche supplémentaire. Par-là, il souhaiterait que Florence cerne mieux les hommes et les femmes de ce temps qu’elle rencontre durant sa permanence au secrétariat.  Pour ce faire, il confie, officiellement, à Florence, la programmation des lecteurs pour la messe du Christ-Roi de l’Univers. C’est une grande fête qui rassemble beaucoup de fidèles.

Le curé sait bien que la programmation des lecteurs est une tâche délicate, toutefois il est confiant. Florence peut l’assumer.

Le jour de sa permanence, une dame sonne à la cure et souhaiterait s’entretenir avec Florence. Elle l’accueille et l’installe au secrétariat. Voici qu’à peine assise, la dame, au lieu de se présenter tout simplement, commence à exposer tous ses bagages intellectuels. Elle aurait étudié le théâtre et l’art de la rhétorique. Elle aurait aussi étudié l’art de l’éloquence. Elle propose donc à Florence qu’elle est la mieux placée pour l’aider à exercer la tâche qui lui est confiée. De plus elle sait mieux lire que quiconque. Elle a fait ses preuves et a reçu des décorations à ce propos. Elle trouve d’ailleurs que les lecteurs de la paroisse sont nuls. Elle peut mieux faire. Florence l’écoute paisiblement, la congédie et propose de la rappeler.

A peine assise, la sonnerie de la cure retentit de nouveau; et voilà une autre dame qui aimerait parler à Florence. Elle l’accueille au bureau et se met à son écoute. Cette dame lui rappelle qu’elle a un frère prêtre dans sa famille ; de fait elle sait comment préparer les lectures et comment les lire de manière soigneuse et éloquente. Elle rappelle qu’elle était lectrice à la cathédrale. Elle se présente comme étant la candidate potentielle pour être lectrice. Elle avertit Florence de ne pas accepter la dame qui est venue avant elle. C’est une peste dit-elle ! En plus, les lecteurs de la paroisse lisent de manière déplorable? Florence l’écoute, fait un rapport, puis promet de la rappeler. 

Une fois parti, Florence se pose beaucoup de questions : Elle ne sait vraiment pas comment s’y prendre. Voilà deux dames de caractères assez forts  qui tombent dans le piège de la rivalité. Elles ne savent pas le rôle du lecteur ou de la lectrice au cours de la messe. Lire la Parole de Dieu, c’est prêter seulement sa voix à Dieu qui parle à son peuple, par les textes sacrés.

Florence ne voudrait pas voir le curé pour lui exposer ces deux entretiens. Selon elle, ils sont d’une grande futilité. Elle ne sait pas quelle réponse donner à ces deux dames. Elle a encore quelques semaines devant elle, alors elle décide de se laisser éclairer par les lectures du dimanche. De fait, après la lecture, elle éprouve une joie, car elle espère avoir des éléments de réponses à partir de l’homélie du curé. Elle espère que les deux dames seront aussi à la messe !

Chère Florence, les lectures de ce 29e dimanche du Temps Ordinaire peuvent apporter une réponse à tes questionnements.

La première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe, annonce une typologie, c’est-à-dire la figure du serviteur dont il est question dans la deuxième lecture et l’Evangile. Ce serviteur fait l’expérience de la kénose. Le mot kénose fait allusion à l’abaissement et à l’exaltation du serviteur, et donc du Christ.

Pour l’abaissement, Isaïe rappelle la souffrance du serviteur : elle est considérée comme un sacrifice de réparation accrédité par le Seigneur. La souffrance du serviteur est donc liée au salut qu’il opère pour libérer l’homme de ses péchés. L’exaltation peut être comprise comme l’élévation, la glorification du serviteur ; elle est distincte de l’abaissement. Elle souligne également que l’abaissement du serviteur est accrédité par le Seigneur. On peut distinguer  l’abaissement et l’exaltation, mais pas les séparer car l’une et l’autre sont imbriquées. ;. Puisque le serviteur a fait l’expérience de la kénose, il peut, non seulement, justifier  la multitude qu’il est venu sauver, mais aussi se charger de leur faute.

La deuxième lecture, tirée de la lettre aux Hébreux, dévoile la figure du serviteur dont parle Isaïe. Ce serviteur est un grand prêtre capable de compatir à nos faiblesses. Il a fait l’expérience de nos difficultés. Il a assumé notre humanité, toutefois il connait le péché mais il n’en fait pas l’expérience. Ce serviteur, ce grand prêtre ouvre  à tous les hommes l’accès à la miséricorde et à la grâce par son acte de servir. Il est vrai, ce serviteur nous a sauvés. Il nous revient, en retour, d’exprimer notre liberté à nous avancer vers Dieu pour recevoir cette grâce et cette miséricorde.

L’Evangile dévoile, de manière plénière, l’identité du serviteur dont parlent à la fois Isaïe et la lettre aux Hébreux. Il résulte de cet Evangile un verset clef qui résume le rôle de tout serviteur à l’égard des âmes qui lui sont confiées. Là, se vérifie l’onction qu’il a reçue de la part du Seigneur. Ce verset, le-voici : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Chère Florence, sois sans crainte, toute personne qui est appelée à servir le Seigneur n’a pas à occuper une grande place, ni une petite. Il a à occuper la place noble : elle se trouve justement sur la Croix. Le Christ a désiré occuper cette place en vue de notre salut. De fait, celui ou celle qui est appelé(e) à servir ses frères et sœurs dans la foi, doit avoir le désir brûlant et le souci d’essayer d’occuper cette place. Ce faisant, il se laisse configurer au Christ pour devenir un alter Christus.

Chère Florence, celui qui désire servir le Christ, dans son Eglise, ne fait pas étalage ni de ses talents, ni de son ou ses savoir(s), mais il se présente en serviteur qui, sans le Seigneur, ne peut rien faire. Nous ne pouvons pas servir le Christ, au sein de l’Eglise, dans une attitude de rivalité, mais plutôt dans une attitude de don qui devient une offrande de soi au Seigneur dans le service des autres.

Le Seigneur n’est pas venu pour être servi mais servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Rappelons-nous constamment cette phrase ; si nous pensons mieux faire les choses sans l’aide du Seigneur, nous transformons l’Eglise du Seigneur en une boutique qui devient notre propre affaire. Dès lors, ce n’est plus l’Eglise du Seigneur mais notre propre affaire qui demeure éphémère.

N’ayons pas la soif d’occuper les premières places, ayons plutôt la soif d’occuper la place noble. Si Jean et Jacques désirent avoir les deux meilleures places à côté de Jésus, c’est parce qu’ils se sont laissés manipuler par le regard du monde.

 

 La vision de Dieu ne peut jamais être la vision des hommes. Ce n’est pas Dieu qui doit accorder sa vision à celle des hommes, mais c’est l’homme qui doit accorder sa vision à celle de Dieu. Dès lors la prière du Notre Père que nous récitons parfois de manière inconsciente, peut devenir authentique et porter du fruit dans notre cœur. De fait, nous aurons bien accordé notre volonté à celle de Dieu qui sait mieux que nous, ce dont nous avons besoin pour être heureux.

Florence est toute heureuse : elle a, à présent, des éléments de réponse dans l’homélie du curé. Elle peut, dès lors, répondre aux deux dames. Elles étaient venues aussi à la messe, mais elles n’ont plus répondu à l’invitation de Florence. Pourquoi ? Nul ne le sait !

Chers bien-aimés dans le Seigneur, chère Florence, à la suite du psalmiste, demandons au Seigneur, au cours de cette Eucharistie, de nous accorder la grâce de mieux saisir l’essentiel de  ses enseignements. Amen !

F.r.t.